Veintes de julio de Jules Renard

20 juillet.

L’esprit est à peu près, à l’intelligence vraie, ce qu’est le vinaigre au vin solide et de bon cru : breuvage des cerveaux stériles et des estomacs maladifs.

Son coeur délaissé, abandonné, isolé, plus seul qu’un as de coeur au milieu d’une carte à jouer.

 

20 juillet.

Deux jeunes gens très Paul et Virginisés.

 

20 juillet

Le Racine sur la table de Verlaine.

– Un matin, dit Schwob, je suis allé chez Verlaine, dans une auberge borgne. Inutile de vous la décrire. Je pousse la porte. Il y avait un lit moitié bois, moitié fer, un pot de chambre en fer plein de choses, et ça sentait mauvais. Verlaine était couché. On voyait des mèches de cheveux, de barbe, et un peu de la peau de son visage, de la cire d’un vilain jaune, gâtée.

– Vous êtes malade, Maître ?

– Hou ! Hou !

– Vous êtes rentré tard, Maître ?

– Hou ! Hou !

« Sa figure s’est retournée. J’ai vu toute la boule de cire dont un morceau, enduit de boue, la mâchoire inférieure, menaçait de se détacher.

« Verlaine m’a tendu un bout de doigt. Il était tout habillé. Ses souliers sales sortaient des draps. Il s’est retourné contre le mur, avec ses : Hou ! Hou !

« Sur la table de nuit il y avait un livre : c’était un Racine. »

Schwob me dit encore :

– Demandez donc à Barrès la mort d’Hennequin. Il aime à la conter. Elle enseigne, dit-il, qu’Hennequin était une âme chaste, pourquoi Odilon Redon fait de mauvais dessins, et que Mme Hennequin avait un coeur à l’antique.

Hennequin voulant se baigner dit à Redon :

 Vous ne me regarderez pas.

– Je ne regarde jamais ce qui est nu, répondit Redon.

Il tourna le dos et demeura longtemps immobile. Cependant Hennequin se noyait.

Quand on rapporta son corps à la maison, Mme Hennnequin dit :

– Voilà une fleur coupée.

 

20 juillet.

Aller de bon matin au-devant du soleil à l’horizon.

La joie de l’oeuvre finie gâte l’oeuvre qu’on commence : on croit encore que c’est facile.

Honorine couche tout habillée et s’enroule dans la couette, comme un chien.

La beauté d’un dé percé par l’usure.

L’oie qui ne peut pas jouer de sa trompette sans la casser tout de suite.
Au fond, maman vient ici pour me voir. Elle ne me voit pas, et, en partant, elle a les larmes aux yeux. Elle remercie Marinette et, comme elle n’a pas eu ce qu’elle voulait, lui enfonce ses ongles dans la main.

 

20 juillet.

Les petits oiseaux discrets qui ne se montrent à personne, qui passent, sans être vus, d’un buisson à l’autre, et qui ne doivent même pas avoir de noms.

Promenade. La fraîcheur se lève des buissons. La nuit rôde au pied des arbres.

Les blés où les perdrix ont leurs petites rues.

Marinette à la fois angélique et infernale au milieu de ses bassines de confitures.

Lui, sa faux sur le dos, fait des phrases sur les rougeurs du soleil couchant. Sa femme courbe le dos comme une pauvre femme de lettres qui en entend de toutes les couleurs.

 

20 juillet.

Et deux énormes vaches, sales de partout. Comment un fromage peut-il sortir blanc de cette masse de fumier ? La rouge s’appelle Grisette. Elle porte au cou, au bout d’une chaîne, un gros morceau de bois qui traîne et qui l’empêche de se sauver. C’est peut-être honorable, mais c’est bien incommode.

Un homme qui aurait absolument nette la vision du néant se tuerait tout de suite.

 

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